Archive pour la catégorie ‘Problèmes’
Analyse rétrograde – 2
Solution du problème n°2 (Thierry LE GLEUHER – Phénix 2007)
[Voir la chronique n°1]
Ici encore il semble y avoir deux manières de mater en 1 coup ! (1.Rd2≠ ou 1.0-0-0≠)
Afin d’analyser une position, la première chose à faire revient souvent à compter les prises par Pions que l’on peut déduire de la structure des Pions visibles au diagramme.
Ici les Pions blancs doublés dans les colonnes ç et f indiquent que les deux Fous noirs manquants ont été capturés respectivement sur ç3 et f3. Les Pions noirs ont pour leur part capturé les deux pièces blanches manquantes en ç6 et d6. Ainsi toutes les prises sont figées puisqu’il y 28 pièces sur l’échiquier (14+14).
On peut noter à ce stade que le Fou initialement en ç1, qui naviguait sur cases noires, n’a pu être pris qu’en d6 (seule case noire) et que par conséquence, c’est une Tour blanche qui a été prise en ç6.
Cherchons maintenant la chronologie de ces captures !
Le Fou blanc h7 est d’origine puisqu’il y a 8 Pions blancs sur l’échiquier (donc pas de promotion blanche). Il a dû arriver en h7 avant le coup g7-g6 et donc avant la sortie du Fou noir initialement en f8. Il a donc fallu d’abord ouvrir le trajet du Fou Roi blanc par g2×Ff3, ce qui ne peut intervenir qu’après après avoir libéré le Fou noir sur case blanche initialement en ç8 et pris en f3. La Th1 encore bloquée dans sa cage n’a donc pas pu être prise en ç6 (pas plus que le Fç1 qui naviguait sur cases noires). Comme il manque une Tour blanche, seule la Ta1 a pu être capturée en ç6. On en déduit alors que la Ta1 présente au diagramme ne peut être que la Tour d’origine h1!
Ainsi le 0-0-0 blanc n’est plus autorisé et la seule solution est 1.Rd2≠
LE COLORIAGE
Ici les pièces n’ont pas revêtu leur couleur et c’est au solutionniste de trouver lesquelles sont noires et lesquelles sont blanches. Il faut bien sûr que la position obtenue soit légale après coloriage, c’est-à-dire qu’il existe au moins un déroulement de partie respectant les règles des échecs conduisant à la position du diagramme.
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3. Andreï FROLKIN & Andreï KORNILOV RexMultiplex 1989 |
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| (6+0) |
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Colorier |
Solution :
Que la Tour h6 soit blanche ou noire, elle donne échec à un des deux Rois dans la position du diagramme. Il en est de même pour la Tour g8 et par conséquent les Tours h6 et g8 doivent être de même couleur car les deux Rois ne peuvent être en échec simultanément.
Or nous avons un échec double avec deux Tours sur un même Roi (g6 ou h8). Certains diront qu’un échec double avec deux Tours est impossible ! Ce n’est pas exact, car ce qu’il faut retenir, c’est qu’un échec double ne peut être administré que par un échec à la découverte. La question est donc : comment la position de ces deux Tours donnant échec double peut-elle résulter d’un échec à la découverte ? Bien sûr ces deux Tours ne pouvaient être présentes sur l’échiquier avant le début du coup et l’une d’elle n’était en fait qu’un Pion qui a finalement été promu en Tour. Ce n’est possible qu’avec une promotion en g8 et donc les 2 Tours sont blanches (TBh6, TBg8). L’échec découvert l’a été dans la colonne h et le Roi h8 est donc noir (RNh8, donc RBg6). Le Roi blanc ne peut pas lui aussi être en échec, donc PBf7 et CBf8).
Le diagramme colorié ne peut être que le suivant :

(5+1) Dernier coup ?
Le denier coup est une capture par un Pion blanc depuis h7 vers g8, mais quelle pièce noire a donc été capturée en g8 ?
- Pas une Dame noire ou une Tour noire, qui donnerait un échec au Roi blanc n’ayant jamais pu être administré.
- Pas un Fou noir, parce que les Noirs n’auraient pas pu jouer le coup précédent le dernier coup blanc (Fou et Roi bloqués).
- Il s’agit donc d’un Cavalier, seule pièce permettant aux Noirs d’avoir un coup légitime précédent la promotion blanche en Tour.
Rétro : 1.h7×Cg8=T≠ Cf6-g8 (on note les coups à l’envers en commençant par le dernier joué !)
Le Cavalier n’aurait pas pu provenir de la case é7 où il mettait le Roi blanc en échec, mais ce dernier coup de Cavalier n’est pas déterminé, car il aurait très bien pu capturer une pièce blanche en g8 ; par exemple : 1.h7×Cg8=T≠ Cf6×Cg8 ou 1.h7×Cg8=T≠ Cf6×Fg8 ou même encore 1.h7×Cg8=T≠ Cf6×Tg8 2.Tg7-g8+(ou 2.Tg7×Xg8)
Seul le dernier coup est complètement déterminé et celui-ci a donc été : h7×Cg8=T≠
(Thème sous-promotion en Tour)
Voici maintenant un autre problème de coloriage à peine plus compliqué que le précédent, pour lequel vous pouvez envoyer vos solutions et marquer des points pour le concours de résolution qui démarre avec ce problème n°4.

(8+0) Colorier
Questions, solutions, commentaires : t.legleuher@gmail.com
Le Repos de Léo
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Problèmes 1 à 12
Les problèmes d’échecs présentés dans cette chronique sont choisis pour leur simplicité et leur qualité. L’objectif poursuivi est de vous donner l’occasion de résoudre des énigmes accessibles et non pas de vous proposer des tours de force éclectiques. Ceci ne veut pas dire que les solutions sont faciles pour autant. Bien au contraire, certains ont un niveau de difficulté élevé.
Qu’est-ce qu’un problème ?
Un problème d’échecs est une composition. Elle utilise les mêmes pièces que le jeu conventionnel mais la position des pièces est arbitraire et composée par l’auteur. Que la position ne ressemble pas à une partie n’a aucune importance. Mais toutes les pièces en jeu doivent avoir un rôle à jouer : attaque, défense, blocage ou interception….. Les pièces inutiles son bannies. L’objectif du problème est de relever le défi de donner le mat en un nombre déterminé de coups. Mat en deux coups veut dire que les Blancs jouent et sur chaque réponse des Noirs, les Blancs doivent donner le mat. Mat en trois coups veut dire une séquence clé, réponse noire, coup des Blancs, 2e réponse noire suivi du mat. Le fait de réaliser le problème en 4, 5 ou 6 coups ne réalise pas le défi (alors que dans la partie, c’est tout à fait acceptable).
Habituellement, le coup initial des Blancs (aussi appelé la clé) n’est pas un échec, mais bien un coup qui établit la position de mat. C’est une question d’esthétique.
Organisation de la chronique
Les problèmes de la chronique sont organisés par ordre de difficulté. Les premiers sont habituellement plus simples, ce sont des mat en 2 coups. Ils sont suivis de mats en 3 coups, d’un ou deux mats en plusieurs coups et d’une finale où le nombre de coup n’est pas déterminé et le résultat peut être un gain, une nulle ou un mat. Il y a 12 problèmes par chronique et ils seront affichés pendant environ un mois, le temps de vraiment chercher à briser les énigmes plus difficiles.
Nous avons pris soin de donner les solutions. Vous avez le choix de les révéler ou de les laisser cachées. Tant que vous ne trichez pas, il n’y a rien de mal à révéler la solution. Au fond ce n’est qu’un jeu. Bonne chance.
Cliquez sur le numéro d’un problème. Celui-ci apparaître avec le nom du compositeur, la référence et l’énoncé. En cliquant sur MONTRER LA SOLUTION, vous pourrez suivre cette dernière et toutes les variantes données. Les boutons au bas de l’échiquier vous permettent aussi de suivre la solution.
Problème n°
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Analyse rétrograde

Thierry Le Gleuher
(Photo : christian.poisson.free.fr)
Problémiste Français, il compose essentiellement en genre rétro. Champion du monde 2001-2003 de composition en analyse rétrograde. Nommé MI pour la composition en 2010, il a publié environ 350 problèmes dont 115 ont été récompensés en tournois et championnats internationaux. Champion de France de résolution de problèmes rétros en 2009 et 2011. Il dirige la rubrique analyse rétrograde de la revue Phénix depuis 2001. Ses œuvres sont souvent des énigmes inattendues et il privilégie dans sa démarche la qualité offerte par l’œuvre au solutionniste. Il est prudent d’éviter toute conclusion hâtive lors de la recherche de la solution. Thierry Le Gleuher a sans doute caché une finesse derrière une porte dérobée !
La Ligue d’échecs de l’Outaouais est fière de compter M. Le Gleuher parmi ses collaborateurs réguliers.
Dans le monde du problème d’échecs, il est un domaine qui se distingue particulièrement des autres par le mode de raisonnement utilisé pour répondre à la question posée par l’énoncé ; c’est l’analyse rétrograde.
En effet dans un problème d’échecs classique (mat en 2 coups par exemple), on part de la position du diagramme afin d’essayer de satisfaire l’énoncé. On part donc du présent (position du diagramme) pour avancer vers le futur (la position du mat), alors qu’en analyse rétrograde c’est l’inverse, car l’adjectif rétrograde dérive ici du verbe «rétrograder» pris dans le sens de : reculer, faire marche arrière.
Il s’agit donc de partir de la position du diagramme (présent) et revenir dans le passé de la partie afin d’y découvrir des éléments essentiels pour pouvoir répondre à la question posée par l’énoncé. Cette question peut revêtir diverse formes dont les plus simples sont : Quel a été le dernier coup ? – Quels ont été les x derniers coups ? – Qui a le trait ? – Où a été capturée telle pièce ? – Quel a été le premier coup de telle pièce ? – et beaucoup d’autres que nous aborderons au fur et à mesure.
Ce retour sur le passé de la partie s’apparente à une enquête sur l’échiquier comme a pu le populariser Raymond Smullyan dans son livre « Mystère sur l’échiquier avec Sherlock Holmes ». Il s’agit de découvrir les indices (présents sur l’échiquier), qui mis bout à bout permettre de faire des déductions afin de résoudre l’énigme. Car un bon problème d’analyse rétrograde se doit d’être une énigme pour le solutionniste, plus ou moins coriace en fonction de la difficulté du problème et de l’expérience de l’enquêteur dans ce domaine peu connu.
Vous êtes fort joueur d’échecs et rien ne vous résiste? Vous êtes débutant et avez un esprit d’analyse? Alors, prenez le temps de faire quelques pas en analyse rétrograde, vous serez agréablement surpris.
Passons aux choses concrètes.
Pour débuter, voici un petit problème composé uniquement pour attirer le joueur d’échecs vers le domaine de l’analyse rétrograde.
Phénix 2007 |
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Ici l’énoncé demande aux Blancs de jouer et de faire mat en un coup.
Trop simple, me direz-vous, mais dans ce type de problème la difficulté ne réside pas dans la façon de faire mat en un coup, mais plutôt dans la façon de justifier la solution.
En effet, on voit rapidement qu’il n’y a en apparence que deux façons de mater en un coup. 1.Td1# ou 1.0-0-0#
Pour autant ce genre de problème se doit de ne comporter qu’une seule solution, autrement il serait démoli (incorrect). Alors la bonne question que l’on doit se poser est : « Le 0-0-0 est-il légal ? ». Autrement dit, si l’on peut prouver que les Blancs ont perdu leur droit de roquer, alors il n’y aura plus qu’une solution.
Examinons l’échiquier et cherchons les indices !
La position des Pions noirs é7 et g7 (sur leur case d’origine) prouve que le Fou noir initialement en f8 a été capturé sur sa case d’origine sans avoir bougé.
Le Fou noir présent en ç7 est donc un Fou de promotion (et oui, dans les problèmes rétrogrades, il y a souvent des sous-promotions, ce qui n’est que très exceptionnellement le cas au cours d’une partie classique).
Ce Fou a été promu sur une case noire, c’est-à-dire en ç1, é1 ou g1 (a1 est inaccessible pour un Pion noir) et a ensuite rejoint la case ç7.
Bien évidemment s’il a été promu en é1, le Roi blanc a dû s’écarter (bouger) et le 0-0-0 est cassé.
Pour accéder à la case ç1, le Pion noir a dû passer par d2, administrant (si le Roi n’a pas encore bougé) un échec fatal au Roi blanc et l’obligeant ainsi à s’écarter (pas question de capturer le Pion noir donnant échec puisqu’il devrait aller se promouvoir).
Bien sûr, le même raisonnement est applicable pour la case de promotion g1 car le Pion noir serait passé par f2.
Ainsi on démontre que dans tous les cas le Roi blanc a forcément bougé dans le passé de la partie et que le 0-0-0 blanc n’est maintenant plus permis.
Solution (unique) : 1.Td1#
Certains trouveront ce problème très facile, mais c’est volontaire afin de ne pas décourager immédiatement les plus néophytes en analyse rétrograde. Les problèmes d’analyse rétrograde les plus complexes peuvent se révéler d’une difficulté diabolique, parfois au point qu’on les pense insolubles. Mais rassurez-vous, la difficulté n’augmentera que progressivement.
Voici donc un deuxième problème, d’un degré légèrement au-dessus et dont la solution sera donnée plus tard.
Phénix 2007 |
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Ici encore il faudra prouver que le 0-0-0 n’est plus permis !
Questions, solutions, commentaires? Écrire à Thierry Le Gleuher.

