Archive pour la catégorie ‘Divers’

BELLE DÉLÉGATION OUTAOUAISE AU CHAMPIONNAT JEUNESSE DU CANADA 2017

Les meilleurs jeunes espoirs de tout le pays s’affrontaient en Ontario cette année au Sault College de Sault Ste Marie du 6 au 10 juillet. Les gagnants des catégories garçons et filles de 14, 16 et 18 ans ou moins se méritent une place au sein de l’équipe canadienne qui ira au Championnat Mondial Jeunesse cet automne à Montevideo en Uruguay pendant que les plus jeunes de 8, 10 et 12 ans ou moins prendront une destination différente et s’envoleront à Brasilia au Brésil.

Pour avoir le droit de participer à ce tournoi national annuel, les 260 concurrents présents ont dû d’abord faire leurs preuves dans un tournoi de qualification régional. Ces tournois sont organisés à l’échelle du pays par l’association Échecs et Maths et cette année la LSE, par l’entremise de notre président Hubert Séguin, a pris la relève du CEA pour cette importante tâche et a tenu le 6 mai au CEH le Championnat Jeunesse de l’Outaouais.

Parmi nos joueurs qualifiés, 6 d’entre eux ont eu le temps, la chance et les moyens de se rendre dans cette historique municipalité du Nord de l’Ontario pour se mesurer à l’élite de leur groupe d’âge. Ce n’est pas l’effet du hasard si nos six représentants sont tous résidents du secteur Aylmer et membres en règle du CEA depuis quelques années. Ils ont été entraînés à ce club d’apprentissage par le Major Régis Bellemare, puis pris en charge par Monsieur Gilbert Lamoureux et récemment par Monsieur Victor Bilodeau.

Il ne faut pas s’attendre à les voir remporter leur catégorie car la barre est trop haute. Ils sont là pour s’améliorer et pour vivre l’expérience de jouer dans une importante compétition exaltante. Seulement à titre d’exemple, il y a deux joueurs de niveau A dans la catégorie des 10 ans ou moins, trois Experts dans celle des 12 ans ou moins et trois MN dans les 14 ans ou moins. Même nos meilleurs joueurs adultes en Outaouais trouveraient chaussures à leurs pieds dans ces catégories et c’est encore beaucoup plus fort chez les plus âgés de 16 et 18 ans.
Voici les noms de nos braves combattants, leur résultat individuel, leur cote actuelle semi-rapide FQE et un peu d’information pour vous permettre de mieux les connaître.

De gauche à droite Nicolas et Alexandre Brunet, au milieu Joyce Deng et à l’arrière Alexandre Renaud, finalement Marc-Antoine Brunet et Henry Deng. (Photo prise par Annie Durand-Brunet.)

Catégorie garçon, 8 ans ou moins:
Nicolas Brunet, 7 ans, 3 points en 7 rondes, 939
Henry Deng, 7 ans, 2 points en 7 rondes, 1053

Catégorie fille, 10 ans ou moins :
Joyce Deng, 9 ans, 3.5 points en 7 rondes, 1193

Catégorie garçon, 10 ans ou moins :
Alexandre Brunet, 10 ans, 2 points en 7 rondes, 1143

Catégorie garçon, 12 ans ou moins :
Marc-Antoine Brunet, 12 ans, 2.5 points en 7 rondes, 1281

Catégorie garçon, 18 ans ou moins :
Alexandre Renaud, 18 ans, 3.5 points en 7 rondes, 1267

Je connais depuis quatre ans les Brunet, une belle famille passionnée par le jeu d’échecs. Je suis le prof d’échecs de ces jeunes à l’école Montessori de l’Outaouais. Je retrouverai encore Marc-Antoine à l’automne mais cette fois-ci au collège St-Alexandre car il y débutera son Secondaire 1. Ces trois vrais mordus de l’échiquier jouent fréquemment à la maison; la maman Annie et même grand-papa Durand sont souvent leurs victimes. Il ne faut pas oublier aussi le papa Germain qui est capable de leur tenir tête et qui joue maintenant lui aussi à l’occasion dans des tournois au CEA. Ils en étaient à une troisième participation au Championnat Jeunesse du Canada en quatre ans, ayant vécu l’édition de Montréal à l’Hôtel Reine-Élizabeth en 2014 et celle de 2016 à Windsor au Caesars. Nos trois athlètes du cerveau ont tous surpassé leur score de l’an dernier et Nicolas a fait une belle remontée de fin de parcours avec trois gains consécutifs en rondes 4, 5 et 6. Bravo aux Brunet !

Les autant passionnés Joyce et Henry Deng sont aussi des réguliers des tournois du CEA depuis trois ans. Ils y ont suivi assidûment les cours des vendredis soir et sont toujours présents aux tournois pour les jeunes et même certains tournois contre des adultes. Leur progrès est exponentiel et j’ai eu la chance de jouer deux parties blitz avec le jeune Henry au Championnat de parties rapides 2017 de l’Outaouais en mai et aussi de le voir à l’œuvre lors du Mini-TOG de mars. Le résultat de Joyce à Sault Ste Mary ne m’a pas surpris, elle est allée chercher 50% des points et sera sans doute une des favorites l’an prochain dans cette catégorie d’âge. Son frère Henry a tous les atouts pour surprendre ses adversaires. Il est très jeune et doit apprendre à mieux utiliser son temps au cadran. Bon tacticien, il deviendra encore plus dangereux en vieillissant. Bravo aux Deng !

Le grand gaillard de 18 ans sur la photo est Alexandre Renaud et il n’a pas été intimidé en jouant dans la plus forte catégorie du championnat. Je l’ai rencontré pour la première fois au Mini-TOG et il avait remporté la médaille d’argent de sa catégorie. Son résultat de 3.5 point est formidable et il sera sûrement un assidu au club d’Aylmer en septembre et pourrait aussi venir surprendre quelques vétérans au Cercle d’Échecs de Hull les mardis soir. Bravo Alexandre !

La Ligue d’Échecs de l’Outaouais est fière de ces jeunes qui vont continuer à s’améliorer et venir nous surprendre dans un avenir rapproché sur un échiquier.

Nous avons bien été représenté au Championnat Jeunesse du Canada 2017 !

Bravos aussi aux parents pour leur soutien !

Félicitations à nos futurs champions !

Marcel Laurin,
Officier de la Ligue d’Échecs de l’Outaouais

PRÉSENCE LÉO À L’INAUGURATION DU CENTRE COMMUNAUTAIRE ST-JEAN-DE-BRÉBEUF

Durant les mois de juin à septembre, la Ligue d’Échecs de l’Outaouais se fait un devoir de participer à de nombreux festivals et fêtes de quartier dans différents secteurs de la ville de Gatineau. C’est la meilleure façon de rencontrer de nouveaux joueurs d’échecs, de leur faire connaître l’horaire de nos clubs de même que l’amalgame d’activités prévues sur notre vaste territoire à compter de septembre.

Comme première sortie en plein air de l’année, nous avons accepté l’invitation de l’Association citoyenne de Pointe-Gatineau d’être de la fête de quartier du samedi 3 juin au parc Gilbert-Garneau. Cet organisme à but non lucratif joue un rôle prépondérant dans sa communauté. Elle contribue à créer un sentiment d’appartenance et de fierté de vie de quartier. Elle est impliquée à la réalisation de plusieurs projets locaux qui permettent autant aux jeunes qu’aux aînés, leur famille et le monde des alentours de se rencontrer, d’apprendre à se connaître, de se réunir à l’occasion et de passer du bon temps ensemble. Tout cela améliore énormément leur qualité de vie. En d’autres mots, ils ont une vie sociale, ils se parlent, ils se disent des bonjours à tous les jours ! Mieux encore, dans des moments plus difficiles, on se réconforte, on s’entraide pour s’en sortir, on est responsable les uns des autres. Voilà l’impact visé par cette association qui tisse des liens de solidarité entre voisins afin de bâtir une vraie vie communautaire forte, dynamique et vivante !

Accompagné de mon fidèle complice Valori Éthier, l’équipe LÉO est complétée par Madame Natalia Celac et sa toute mignonne jeune fille de 8 ans Jasmine, qui comptent chacune plus de quatre ans d’expérience en compétition au Club d’Échecs de Gatineau. Heureuse surprise, il s’agit d’une fête de quartier particulière, jumelée à l’inauguration du très attendu Centre communautaire St-Jean de-Brébeuf.

Durement éprouvé par les toutes récentes interminables inondations printanières, il y a des lunes que les résidents de ce vénérable quartier du district Pointe-Gatineau rêvaient de ce beau grand moment. Enfin un endroit où ils pourront se rencontrer en tout temps et qui comble de criants besoins pour pouvoir enfin organiser plus facilement toutes sortes d’activités intéressantes dans un bâtiment moderne et fonctionnel.

Annoncé en novembre 2010, cette magnifique construction située au 80 de la rue Moreau a pris beaucoup de temps à s’édifier pour toutes sortes de raisons techniques. Oublions tout cela et regardons le résultat final.

Facture de 1,855,000$ sans dépassement de coûts, à l’intérieur il s’agit d’un vrai petit bijou d’une bonne superficie de 611 mètres carrés, bien éclairé et aéré naturellement le jour grâce aux nombreuses fenêtres et d’une agréable luminosité le soir. On y retrouve deux spacieuses salles communautaires climatisées, une cuisine collective, un grand vestiaire et des locaux techniques.

Ce petit château est érigé en plein cœur d’un vaste parc doté de mégas infrastructures sportives telles que des terrains de soccer et de baseball, une surface de basketball, une grandiose patinoire extérieure en hiver, gracieuseté d’un partenariat privé-public entre le club de hockey de la LNH les Sénateurs d’Ottawa et notre municipalité; par surplus, tout cela est bien entretenu à l’année longue par la ville de Gatineau. N’allez pas croire que l’on a oublié les tout petits. Ils peuvent aller s’amuser dans les carrés de sable, jouer au ballon, se lancer des frisbees, pour les plus audacieux grimper et se prendre pour des acrobates dans quelques mini-structures variées ou simplement vivre les douces sensations des classiques glissoires et balançoires; il y en a donc pour tous les goûts.

Nous installons dehors dix jeux d’échecs double-poids et trois autres de type surdimensionné sur l’aire de stationnement-avant de l’entrée principale, inaccessible aux voitures pour la durée de la fête. Nous avons aussi une autre dizaine de jeux réglementaires et un échiquier mural qui servira à l’enseignement du jeu d’échecs, en cas de demande, à l’intérieur du Centre. La météo étant couci-couça, nos activités ne seraient point interrompues et d’ailleurs certains préfèrent plutôt jouer à l’abri des possibles intempéries, dans un endroit sec, confortable et plus calme.

Dès 10h30, nous sommes fin prêts et présents dans nos deux emplacements. La magie des jeux est instantanée et les premiers arrivants s’installent en entamant des parties. D’autres, de simples curieux, sont intéressés à apprendre les règles et observent le cours des parties et les imprévus déplacements des pièces sur les bizarres tapis bicolores de 64 cases. Il n’y a pas d’âge pour jouer aux échecs et plusieurs enfants épatent des adultes en démontrant leur surprenant savoir-faire.

Notre jeune prof Jasmine et sa maman font du bon travail. Elles jouent d’abord plusieurs parties à l’extérieur avec des débutants, prennent bien soin d’expliquer clairement les règles et patiemment corrigent les manœuvres illégales qui surviennent de temps à autres durant les parties.

V. Éthier et M. Laurin enseignent les règles du jeu.

Pendant ce temps, je donne des cours en compagnie de Valori à l’échiquier mural, nous jouons quelques parties avec des initiés et montrons à d’autres jeunes comment se joue une partie d’échecs. Je vais aussi m’aventurer dehors prendre de l’air, voir si tout se passe comme il faut, prends le temps de rencontrer les gens de la place, déguste quelques hot-dogs et participe à la fête en cours.

Il y a bien eu quelques gouttelettes d’eau qui ont attiré pendant quelque temps presque tout le de monde à l’intérieur et nous a permis d’être encore plus occupés. J’ai croisé le fer avec un bon joueur natif de Joliette qui réside depuis peu en Outaouais. Il s’agit de Jean-François Henri, artiste invité en graffitis pour l’inauguration du Centre. J’espère qu’il se joindra à nos activités dès septembre prochain. J’ai aussi été surpris par les connaissances d’un bambin de quatre ans, Donovan Vézina, qui déplaçait correctement les pièces et était tout souriant surtout lorsqu’il s’emparait de l’un de mes pions. Finalement, l’après-midi a passé très rapidement, nous avons remis plusieurs pamphlets des règles du jeu d’échecs et des calendriers LÉO. J’ai même rencontré un rare astronome amateur, Monsieur Pierre Landry et son épouse qui étaient tout près de nous. Ils remettaient de magnifiques photos de notre étoile préférée le soleil et nous informaient des plus récentes découvertes.

Et tout ne s’arrête pas là, la Ligue d’Échecs de l’Outaouais a officiellement fait une demande auprès de la Ville de Gatineau pour avoir des activités d’échecs les dimanches après-midi à partir de septembre au Centre communautaire St-Jean-de-Brébeuf. Nous serons en mesure de confirmer cela à la fin de l’été, et si c’est affirmatif, je serai le directeur de ce club !

Donovan Vézina 4 ans et friand de pions !

J’aimerais remercier pour la belle réussite de cette fête de quartier inaugurale Madame Gabrielle Beaudoin et Monsieur Pierre Benoît de l’Association citoyenne de Pointe-Gatineau pour l’invitation et leur incessant dévouement; le club d’âge d’or St-Jean-de-Brébeuf, Vie Active et le Centre d’animation familiale pour leur implication; Madame Myriam Nadeau, Conseillère municipale pour son travail acharné à l’aboutissement de cet important projet et la Ville de Gatineau pour sa vision d’une ville où il fait et fera bon vivre en accordant un financement approprié à son Service de loisirs, sports et développement des communautés.
Marcel Laurin,
Directeur du Club d’Échecs de Gatineau,
Officier de la Ligue d’Échecs de l’Outaouais

[Photos prises par Natalia Celac et Marcel Laurin]

Le World Open au quotidien

[NDLR] Joël Lecorre et Paul Simard ont décidé de faire un voyage il y a quelques mois. Leur projet : se rendre à Philadelphie à la fin juin pour conjuguer tourisme et participation au World Open. Ci-dessous le journal de bord que Joël partageait quotidiennement avec des membres de sa famille et quelques intimes. Bonne lecture.

Jour 1

Tout se déroule comme prévu, même mieux que prévu. À Ottawa, alors que l’été pluvieux continue d’assurer l’entretien de nos pelouses sans intervention humaine, mon collègue Paul Simard et moi espérions trouver par le biais de ce voyage au moins un répit du temps maussade. Paul me rencontre à l’aéroport jeudi une bonne heure avant le départ de 14h40 pour Philadelphie. Il est frais et dispos, après avoir consommé un lunch léger en prévision du vol. Nous remarquons tous les deux que le désagréable passage des douanes américaines où on est fouillé de fond en comble se déroule sans heurt et sans drame contrairement à la ruée et au désordre des files interminables du matin. Je note qu’il y a lieu, si l’occasion se représente, de partir désormais durant le jour pour toute destination ou escale aux États-Unis.

Devant l'hôtel de ville de Philadelphie en route pour faire régler nos horloges et visiter le site du tournoi

Le charme se poursuit durant le vol qui décolle cinq minutes avant l’heure et nous dépose à Philadelphie avec près d’une demi-heure d’avance sur notre horaire. En plus, c’est un soleil radieux qui nous accueille. Nous utilisons un taxi Uber conduit par une gentille dame appelée Dolores qui nous mène directement à l’hôtel Doubletree du centre ville. Notre bonne chance se poursuit sans répit. Nous nous installons dans notre chambre ultra confortable avec en boni le Wi-Fi gratuit accordé à Paul en tant que client reconnu de la chaîne Hilton. La première journée se conclut au restaurant Maggiano où nous dégustons une excellente lasagne arrosée d’un bon vin. C’en est à se demander si nos succès hors de l’échiquier sont le présage d’un tournoi de rêve pour Paul et moi…

Jour 2

Museum of Art (site de Rocky). Site grandiose. Notre premier objectif touristique.

Après avoir pris sa première pilule de mélatonine, Paul m’affirme avoir dormi du sommeil du juste durant la nuit et probablement mieux. J’interprète cela comme étant également de bon augure pour notre tournoi dont la première ronde aura lieu à 19h en soirée. Paul et moi profitons de notre temps libre en matinée et en après-midi pour effectuer une visite au célèbre Philadelphia Museum of Art, un endroit grandiose, site de l’entraînement de Rocky interprété par Sylvester Stallone. Notre billet nous autorise à y retourner pour une seconde journée et à visiter le Musée de Rodin. Il est presque impossible de tout voir en peu de temps dans ce musée regorgeant de tableaux historiques de toutes les époques, de plusieurs chefs-d’oeuvre de la Renaissance en passant par les Monet et les Duchamp. L’exposition du photographe Mike Nichols sur le monde des animaux sauvages (lions, éléphants, tigres, ours gorilles et j’en passe) nous a du reste éblouis et horrifiés à la fois face à la perspective de la disparition de toutes ces espèces. Après un lunch sain et nutritif chez Chipotle’s, nous rentrons au bercail pour nous reposer et nous préparer à faire sensation au World Open.

Jour 3

En dépit des signes avant-coureurs positifs dont j’ai fait mention précédemment, nous avons tous les deux essuyé une défaite cuisante lors de notre partie inaugurale du tournoi. Moi, aux mains d’un Canadien originaire des Philippines et Paul, aux mains d’un petit garçon de 9 ans appelé Brooklyn Li, un joueur solide et méthodique.

Jose et moi allions devenir de bons amis après la partie.

Mon adversaire, Jose Marionito, un homme dans la soixantaine, m’a confié qu’il a appris à jouer aux échecs en 1972 à l’époque du match Fisher-Spassky. Le président Marcos qui régnait à cette époque venait de déclarer la loi martiale et les écoles étaient fermées à travers le pays. Le jeune Jose n’avait rien à faire que d’apprendre et de pratiquer le jeu des rois avec ses amis. Notre partie d’hier avait pourtant bien débuté pour moi, alors que je me m’étais assuré un net avantage dans l’ouverture. Malheureusement, j’ai commis une gaffe qui a créé l’égalité et une seconde erreur plus tard qui a mené à ma défaite. Malgré tout, je reste optimiste de ne pas perdre toutes mes parties de la sorte au World Open.

À 11h ce matin débutait la deuxième ronde. Cette fois, mon adversaire était un Américain du Maryland, lui aussi bien sympathique. Ce qui m’a fait l’aimer dès le début, c’est qu’il considère Donald Trump comme une abjecte calamité pour son pays. J’avais les blancs contre lui et malgré tous mes efforts, je n’ai pas réussi à faire valoir mon initiative et nous avons conclu la nulle. En analysant la partie avec lui dans un des salons réservés à cet effet, j’ai appris plusieurs détails amusants sur son compte. Il a le même âge que moi 69 ans. Il s’appelle Steve Finette. Il travaille à la fonction publique comme « Chief, Physicist ». Il a enseigné à l’université Rutgers. Il aime tellement ce qu’il fait qu’il retarde le plus possible le moment de prendre sa retraite. Il valait 1900 USCF jusqu’à ce qu’il cesse de fréquenter un club. Maintenant, il se contente de jouer dans 5 gros tournois par année. Il tremble de peur que Trump reste au pouvoir jusqu’en 2020.

Paul devant le musée Rodin de Philadelphie.

Paul de son côté a dû baisser pavillon contre son adversaire après avoir livré un combat enlevant. Durant l’après-midi et avant l’orage majeur qui s’est abattu sur la ville, nous sommes allés au Reading Terminal et aussi au Musée Rodin.

Le Reading Terminal est une immense foire vouée à la restauration et à la vente de produits frais. Il y a foule; les odeurs et les arômes de cuisine et de bonne chair nous assaillent de partout, sans parler du bruit qui y reste assourdissant. Le choix de nourriture potentielle est énorme dans cette vaste et diabolique caverne. Nous voulions prendre un petit repas et avons décidé d’essayer un sandwich au Corned Beef. Cela ressemble un peu à un sandwich au Smoke Meat, mais en trois fois plus gros. Une fois placée la commande, pas question de revenir en arrière. Nous savourons « involontairement » un repas qui efface presque totalement le besoin d’aller souper le soir.

Pour faciliter la digestion, nous visitons le Musée Rodin de Philadelphie où nous découvrons plusieurs bronzes majestueux et des sculptures géniales du grand maître dont son fameux Penseur. Paul a l’heureuse idée de poser une question à un des employés du musée. Ce dernier content de découvrir en nous des passionnés de l’art nous donne alors gratuitement un tour guidé riche en détails inédits sur Rodin et sur l’importation de son art en Amérique.

Les Bourgeois de Calais au Rodin

Jour 4

Désolé de vous décevoir, cher public. Notre tournoi est en passe de tourner au vinaigre, car ce matin nous subissons chacun la défaite aux mains de notre opposant. Paul me faisait remarquer à quel point nos attentes échiquéennes ont été déçues depuis notre arrivée au World Open. On nous avait en effet laissé entendre que la cote USCF était significativement plus faible que la cote FQE (ou même la cote canadienne). Or, les joueurs que nous avons rencontrés semblaient sans exception plus forts que leur cote le suggérait, ce qui a contribué à nous déséquilibrer. L’autre explication plausible, c’est que nous vieillissons. Maintenant que j’approche des 70 ans, il se peut que mon acuité mentale et ma précision laissent plus sérieusement à désirer que je ne voulais l’admettre jusqu’à présent.

Me voici confiant avant la partie avec une bouteille d’eau comme au CEH. Il y avait plus de 1000 joueurs dans ma salle

Ma déconfiture contre un jeune Indien de 15 ans, nommé Ganesh Aravindin, fut entièrement de ma faute, car je lui ai permis de contrôler la colonne c avec ses tours. Plutôt que de jouer avec prudence, je me suis lancé à l’attaque sans prendre la précaution de contester la fameuse colonne en y installant une tour en c8. Toute la partie a dès lors basculé en faveur du jeune Ganesh dont les parents habitent aux États-Unis depuis 12 ans.

Plus que deux chances pour nous de sauver les meubles, lundi et mardi. Je n’ose prédire le résultat…

Jour 5

Finalement, j’enregistre une première victoire au World Open. Il était temps. Ma victime s’appelle Sakura Laporte, une adolescente de 15 ans d’origine newyorkaise. Elle m’explique qu’à son école la seule cadence en vigueur est de 5 minutes de part et d’autre et qu’elle déteste ces blitzs bien qu’elle soit championne de son école avec une cote dans les 1600 grâce aux tournois « Scholastic » fréquents dans son quartier durant la fin de semaine. Elle m’a présenté à sa maman après notre match et nous avons pu faire plus ample connaissance dans la salle d’analyse. J’ai même croqué une photo d’elle et vice versa. Elle a choisi la défense scandinave contre mon e4 initial et luttait âprement pour l’initiative. Malheureusement pour elle « le jeu d’échecs constitue une conversation muette entre deux opposants. À partir du moment où l’un des interlocuteurs ne comprend pas ce que dit l’autre (par exemple, « je menace de prendre ta dame dans deux coups »), la conversation ne peut continuer comme auparavant et la partie se voit plus souvent qu’autrement irrémédiablement perdue par celui qui n’a pas compris… » — Extrait d’une conversation que j’ai eue avec le regretté Denys Laurin vers 1979. C’est précisément ce qui s’est produit cette fois. La partie s’est soldée par une fourchette royale de mon Cavalier.

Sakura Laporte

La jeune Sakura, dont le nom signifie fleur de cerisier en japonais et qui ne parle pas un mot de français en dépit de son nom de famille quasi québécois, a sans doute encaissé une dure leçon. Mais avec son attitude positive, j’ai l’impression qu’elle ne se fera pas attraper de la sorte une seconde fois.

Si je remporte ma partie de demain, je terminerai le tournoi avec une fiche acceptable de 50%. Aucune prédiction, c’est plus prudent.

Jour 6

Dernière chance de se racheter, dernière partie ce matin à 10h. Paul et moi déjeunons tranquillement au McDo avant de marcher en direction du tournoi. Nous consommons notre egg-mcmuffin et notre café tout en regardant ensemble la scintillante victoire de Fouad Akrib contre Sacha Solunac comme source d’inspiration.

Parlant d’inspiration, le Musée Barnes, que nous avons visité hier après-midi, nous a laissés pantois d’admiration. Il nous a semblé que cette incroyablement riche galerie éclipsait en charme et en intérêt le Museum of Art (célèbre à cause de Rocky), ce qui n’est pas peu dire. Les Renoirs, les Picassos, les Modiglianis disputent la vedette aux Monets, aux Matisses et aux Cézannes. Quelle concentration de chefs-d’oeuvre! Et ce, sans parler du site enchanteur et spacieux. Nous avons été tout simplement comblés. Une ombre au tableau si l’on veut se montrer sévère, les Renoirs sont surabondants dans ce musée. J’aurais souhaité qu’il y ait plus de Toulouse Lautrec ou de Monet.

Quant à ma partie avec les noirs contre un autre Philippin, prénommé Normando Punzalam, j’ai réussi à bien gérer son style agressif et, à l’issue du combat, ai pu lui proposer la nulle sans remord vers le 41ème coup. Malheureusement, nous étions en finale et il ne me restait que qu’une dizaine de minutes à l’horloge. Mon adversaire qui avait dépensé beaucoup moins de temps que moi a décidé d’en profiter. J’ai commis une gaffe. Et en finale, une imprécision même ténue mène presque inévitablement au désastre. J’ai donc extrêmement bien combattu, mais me suis incliné en pression de temps. Je devrais m’en remettre éventuellement, mais, je l’avoue, toute défaite pèse lourd sur le coeur.

Serons à Ottawa en soirée vers 20h30.

Paul, pour sa part, a réussi à terminer le tournoi sur une note plus positive, annulant son dernier affrontement contre un adversaire Indien.

En guise de conclusion, chers lecteurs et lectrices, je vous remercie de nous avoir suivis et des encouragements que vous nous avez fait parvenir à chaque étape. Si j’ai un jour la chance de recommencer une telle expérience, je crois que je diminuerais la proportion tourisme dans mon séjour et me concentrerais davantage sur la performance. C’est un dilemme quasi insoluble lorsqu’on est dans une ville aussi éblouissante que Philadelphie.